A little foggy, Nadège Mouyssinat

2500 

Les pseudosphères sont apparues à l’issue d’un cheminement qui prend notamment racine dans « La création d’Adam » de la Chapelle Sixtine par Michel-Ange. Dieu donne l’étincelle de vie à Adam en se penchant vers lui prêt à toucher son doigt de son index. Malgré cette courte distance jamais parcourue, le message est transmis. C’est dans cet intervalle, ce vide, cette jonction synaptique que tout se joue. Ce symbole, extrêmement fort, de la création m’interpelle. Avec la série « Nùria » l’artiste entame une réflexion formelle sur ce point de non contact et cherche à aller plus loin en pensant le cône. Parallèlement elle découvre l’exposition « Objets mathématiques » de 1936. Elle présente de petits objets pédagogiques qui matérialisent en trois dimensions concepts, théorèmes et géométrie des surfaces. La pseudosphère fait partie des pièces. Sa recherche sur le cône se cristallise alors et Nadège Mouyssinat entame une série de sculptures qui s’élèvent autant qu’elles se répandent par le vide, dans une mise en tension d’un équilibre précaire.

L’excellence, la maitrise technique, l’exigence de la ligne et la sublimation de la matière, présentes dans sa pratique plastique, lui viennent de 10 années passées en tant que designer au sein de manufactures de porcelaine de Limoges dans le domaine du luxe.

Elle cherche à créer des formes pures propices à la contemplation et support à la méditation. Bien que les sculptures produites soient abstraites, la sensation d’être familier avec leurs contours naît dans l’esprit du regardeur. La force d’interprétation agit. Ainsi, pour la série des pseudosphères et particulièrement « Le point de bascule », un cardiologue y voit un électrocardiogramme, un musicien des ondes sonores et un architecte une ville suspendue. Si une même pièce devient un référentiel différent selon les personnes, cela est propre à l’histoire de chacun, mais également au fait que les formes créées sont inspirées de fonctions mathématiques, des règles universelles qui permettent d’expliquer le vivant et qui sont inscrites en lui. Ce sont ces normes, ancrées dans l’inconscient collectif, qui produisent ce sentiment de familiarité.

La céramiste est fascinée par ces règles mathématiques en tant que clef dans la compréhension de l’univers. Leur sophistication demande régulièrement une remise en question des raisonnements comme le théorème de Pythagore valable sur une surface plane mais erroné dès lors que l’on passe sur une surface courbe (fonction non euclidienne). Ce déplacement de la pensée est constitutif de l’élaboration de ses sculptures.

Les pseudosphères présentes dans « Le point de bascule » et la présente sculpture, interprètent une courbe hyperbole qui tend vers l’infini. Cette fonction, matérialisée géométriquement par cette courbe, est par exemple utilisée dans le calcul du séchage du béton. En effet, celui-ci ne s’arrête jamais vraiment de sécher, de sorte que sa courbe s’affine de plus en plus sans jamais trouver de fin. Par ailleurs, le travail de la porcelaine fait appel à des domaines tels que la physique, la chimie et la géométrie. En élaborant de telles formes, c’est une manière de donner corps aux propriétés physiques de cette terre si particulière et plus encore de les défier, comme si la matière s’était affranchie de sa nature. Le grand est l’ennemi de la porcelaine. Plus la pièce est imposante plus elle se déforme à la cuisson et risque de s’effondrer sous son propre poids. Une complexité technique qui limite d’ordinaire la taille des objets créés. L’enjeu pour la plasticienne est de caresser ces limites, de remporter le combat contre la matière. 

Ce dépassement est laborieux au sens premier du terme ; tant au moment de la conception, de la création, que de la fabrication. Il en résulte des sculptures ambivalentes. La perfection se loge dans chaque détail — à l’image du danseur étoile qui réalise un travail de forçat pour donner la sensation au public d’une aisance, d’une facilité dans l’exécution. Ses pièces disent la légèreté, le raffinement, la délicatesse d’une réalisation toute virtuose. Ce souci esthétique du parfait, du maîtrisé n’est pas un exercice de style puisque cette sensualité froide de la pièce bien faite est une caractéristique recherchée dans sa démarche artistique. Elle aime entretenir le mystère de la création en absorbant ce labeur pour ne conserver que la pureté des courbes qui paraissent comme une évidence. 

Nadège Mouyssinat cherche à susciter l’émerveillement dans une aura de magie. Le point d’équilibre ou de déséquilibre parcourt son œuvre et ajoute à l’étrangeté de sont travail. Le vide est constitutif de ses pièces — « j’aime à penser que je suis une sculptrice du vide« . Plein et vide redéfinissent l’espace au sein duquel la sculpture s’inscrit.

La porcelaine — cette terre semi précieuse utilisée dans l’industrie du luxe, comme céramique des rois, autrefois appelé « or blanc » — possède une couleur intrinsèque. Ce qui l’intéresse c’est travailler la matérialité de cette matière par des intensités de brillances et de matités, mais aucunement par la couleur. Lorsque les oxyde métalliques sont rigoureusement injectés à la terre liquide, ils le sont dans le but de souligner les courbes de la forme. Les effets obtenus rappellent les moirures du marbre et permettent ainsi de rester dans des effets naturels et non picturaux.

« A little foggy » est un paysage abstrait de formes pures dont la technicité de la réalisation s’efface au profit de l’imagination du regardeur.

En stock

Catégories : ,

Description

Porcelaine, inox, feuille d’or, 32 x 20 x 25 cm.
Édition de 8 exemplaires numérotés et signés.
N° 2/8.

2021

Œuvre signée, certificat d’authenticité fourni.

Informations complémentaires

Poids 10 kg
Dimensions 32 × 25 × 20 cm

Avis

Il n’y a pas encore d’avis.

Seuls les clients connectés ayant acheté ce produit ont la possibilité de laisser un avis.