État intermédiaire 14, Emmanuel Lesgourgues

3900 

Impression jet d’encre sur papier Museum Canson 315 g/m² contrecollé sur aluminium. Encadrement sur-mesure en caisse américaine blanche, 83 x 117 cm, profilé 0,8 x 4 cm.
 
Tirage unique.
 
2019
 
Œuvre signée, certificat d’authenticité fourni.
 

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Description

« L’immense variété des créations naturelles provient du modelage et du remodelage d’un petit nombre de formes fondamentales. De ces limitations proviennent l’harmonie et la beauté du monde naturel« .
Peter S. Stevens, « Patterns in nature », Les formes dans la nature, éditions du Seuil, p. 13.

 

Les modèles de base de croissance d’univers aussi différents que ceux qui appartiennent au végétal, au minéral, à l’organique, nous interpellent avec plusieurs niveaux d’interrogation dans cette magnifique et complexe série chez Emmanuel Lesgourgues. 

Une sensation d »infinitude se manifeste à la vision de ce grand nombre de constructions, comme dans le mode de développement cellulaire. Emmanuel Lesgourgues nous rappelle dans ces jeux de construction que chaque modèle existant, « paye un tribut pour son existence en se conformant aux dictats structuraux de l’espace »… selon Peter S. Stevens. Nous pourrions dire que dans la série État intermédiaire, chaque module de construction dans ses moindres détails, est régi par des règles impératives. Un déterminant en soi dans le modèle source, possède une logique de création qui structure et influence la forme de tout ce qui est existant d’une étape à l’autre. Comme l’espace, toujours selon Stevens, « permet à la nature de produire cinq polyèdres réguliers, pas plus, sept systèmes cristallins sont utilisables, jamais un huitième (…) L’espace (…) possède une architecture qui impose sa loi aux objets. » 

Emmanuel Lesgourgues va introduire des  jeux de variations : ajouter un ou des modules sources…ou en enlever durant les phases suivantes. Mais dans tous ces exercices créatifs, il développe la succession en fonction de la quantité de modèles disponibles. Les plans, les coupes, les selles, les ajouts comme les triangles équilatéraux et polyèdres, le registre chromatique, les qualités texturales des volumes et surfaces, ces nouveaux paradigmes de construction doivent toujours suggérer la découverte et l’émerveillement d’un avènement de formes nouvelles ainsi que la dimension du  processus en cours. Ils doivent rester dans une tridimensionnalité par « courbure », « repliement », « déploiement » sur eux-mêmes, se tenir  aux possibilités limitées et se distribuer, se déplier dans l’espace. Chaque module se combine et collabore avec d’autres qui lui sont plus ou moins comparables pour réaliser des structures plus grandes, plus organisées. Ce qui donne l’impression d’un grand tumulte d’excroissance qui s’exprime dans cette série de formes en apparence répétitives. Mais il existe une ligne de conduite créative dans ces procédures presque aléatoires, à savoir, que chaque partie interagit avec le tout, chaque partie est contrôlée par la totalité du système. Toutes ces modifications sont dictées par une réponse subtile de re-création à une multitude de lois contraignantes. 

Cette densité de suites arithmétiques fait que cette série nous séduit en tant que fabrique d’univers d’utopies, de constellations de mondes. Nous voyagerions dans des univers mentaux sensibles qui respectent la silhouette primitive de leur essence naturelle sans en altérer leur dimension artificielle.  Ce surnombre de formes complexes, capricieusement oniriques, est produit par la main de son créateur par la technique du dessin, surtout celle de l’outil numérique. À l’observation attentive de ce travail, le registre graphique donne un répertoire riche en pointillisme, hachure de virgule, texture filaire, filigrane de petites perles, formes cristallines de la gemmologie et géomorphologie. Soit l’abcédaire d’un monde du déjà là. Emmanuel Lesgourgues reprend à son compte cet énoncé de Paul Klee « L’art ne reproduit pas le visible, il le rend visible. »  

Ces textures dessinées par le crayon sont d’une précision d’ordre infinitésimal, sommes de l’accroissement de l’infiniment petit. Emmanuel Lesgourgues veut magnifier le potentiel matière du trait, c’est une irruption de fantaisie, une fantastique apparition d’un monde, les textures intrinsèques du trait. Non pas un monde en noir et blanc, mais un monde généré par la couleur. Couleur lumière, deux dimensions d’une même pièce graphiquement rejouée, inséparables. Un monde graphique de vie par les nuances infinies de la transparence et les subtilités de l’opacité, les éléments du diaphane par excellence, les conditions à priori du voir. La qualité sensible propre de la vue peut ainsi advenir, la couleur. Nous voyons toujours un monde coloré. 

Joie, émotion vont collaborer à cette voyance, le regard connaissant ne peut que s’enrichir dans ce processus vital de création avec l’apparition de ces êtres à la texture chromatique haute en couleur. Emmanuel Lesgourgues travaille sur tablette numérique avec son « crayon » comme l’on écrivait, dessinait jadis sur des tablettes d’argile à la naissance de l’écriture, un recueil scripturaire. Il n’utilise jamais les filtres ou autres artifices de ces applications de traitement de l’image type Photoshop. La tablette favorise des changements d’échelle immédiats avec la sélection rapide des surfaces à traiter. Une autre appréciation du temps s’immisce dans cette petite fabrique de dessin et nous interroge avec celui du faire dans l’action picturale. Les impressionnistes transportaient déjà leur atelier mobile sur dos et bras pour apprécier un paysage et peindre sur le motif avec des tubes de couleur. Lesgourgues s’approprie l’essence de l’application numérique pour réinscrire la magistrale main historique du dessinateur, comme David Hockney celle de la picturalité en « peignant » ses paysages avec sa tablette numérique. Les techniques ne s’excluent pas entre elles, elles s’additionnent et s’entrelacent au gré de la demande de l’artiste et de la question artistique posée. La découverte du microscope et du télescope annonçait cela en permettant la découverte de nouveaux espaces et temps de la genèse. Dans toutes les séquences historiques de notre grande échelle humaine, les hommes se sont toujours appropriés les techniques dans leur évolution. Les artistes se sont saisis chaque fois de cette histoire. Dans la communauté de l’homo faber, l’artiste est celui qui a toujours su domestiquer ces « violences » technologiques nouvelles en les incorporant culturellement, en les rendant humaines. 

Une ambivalence de deux mondes coexiste dans cette œuvre, coopère tout en s’inscrivant dans des processus alternatifs de disruption et de synthèse, des polarités à dominante naturelle, fiction de paysagéités du paysage ou polarités à dominante architecturale, fictions d’utopies urbaines. Une tentative qu’Emmanuel Lesgourgues cherche à nous démontrer, que la nature est avant tout créatrice d’artialisation absolue. 

Il y a du vivant dans ce travail poétique de la matière, nous nous attendrions peut-être à voir les balbutiements de la vie, vie réunifiée entre nature et culture bien trop longtemps séparées et trop souvent opposées.

Texte de Jean-Claude Thévenin | Janvier 2020

Informations complémentaires

Poids 10 kg
Dimensions 83 × 117 × 4 cm

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