Les peintures et les céramiques inédites de
Juliette June et Éliane Monnin
30 août › 1er sept. | 14 h – 19 h
Quartier Pétricot
8 bis rue Minjongo | Biarritz
7 jours avant l’ouverture de l’exposition
L’art est ma religion, mes expositions sont une célébration rituelle de ce culte.
La préparation de cette exposition a été particulièrement passionnante pour moi, car elle a généré des discussions avec Juliette et Éliane qui touchent à des sujets vertigineux mais particulièrement excitants. Nous avons ainsi parlé d’un état de conscience, celui qui nous offre un niveau de perception nous permettant de nous considérer au sein d’un tout (cosmos) et non comme fragment. Nous avons abordé la question de nos origines, la cellule zéro qui a tracé la voie vers une humanité. Nous avons parlé de l’univers, se questionnant sur cette matière qui s’expand. Nous avons évoqué les théories qui accompagnent la compréhension de cet univers : celle du rebond et de la simulation. Nous nous sommes émerveillées de constater à quel point le vivant, la nature seront toujours plus inventifs que nous tant les formes et les scénarios qu’ils génèrent dépassent nos capacités imaginatives.
Alors même qu’il semble impossible d’embrasser, d’appréhender ou de solutionner tous ces sujets, l’artiste s’y colle et bâtit un propos qui apporte non une solution, mais une lecture. Celle-ci a certainement un pouvoir rassurant, proposant une narration qui donne l’illusion d’une explication à notre raison d’être. L’être humain a constamment eu besoin de fictions pour avancer et se construire (comme la religion). L’art est sans nul doute une fiction qui transcende tout et qui s’inscrit dans un humanisme universel ; un moyen puissant de nous rassembler.
L’art est ma religion, mes expositions sont une célébration rituelle de ce culte.
Je vous retrouve vendredi prochain, le 30 août à 14 h, pour l’ouverture de « Surgissement ».

Une approche de la fusion, les peintures de Juliette June
Si le sujet premier de Juliette June est la peinture en tant que matière à explorer, elle le fait de sorte à donner corps à une observation sensible du réel d’une part et à révéler son état de conscience d’autre part. En cela, sa récente recherche picturale s’intéresse à la façon de fusionner cette double approche — exogène (paysage) et endogène (conscience). In fine, ce qu’elle souhaite dévoiler, c’est son expérience de la continuité de la matière dont nous faisons partie. Il ne s’agit plus alors de percevoir le vivant selon des éléments juxtaposés, mais de l’appréhender en tant que tout en perpétuel mouvement et mutation. Elle compare ce tout à une substance qui pourrait s’apparenter à du sable dans de l’eau. Il est fait de masses, de densités variables, se dissout, se fige, se meut, mais s’inscrit dans une homogénéité qui ne distingue ni ne hiérarchise un grain d’un autre.
Cette exploration passe par la restitution d’instants vécus dans le paysage (mer, montagne, forêt), au gré des saisons. Elle mobilise sa mémoire, son imagination et considère son état d’être dans l’instant pour dire l’impact d’un rayon du soleil sur un pantalon ou restituer un agencement de branches au sol. Une approche tangible et figurative.

À cela se superpose son expérience de conscience élargie abordée lors de méditations profondes et qui lui a révélé son appartenance à ce tout. Cette expérience se matérialise sous forme de visions, celles d’une matière première ou primaire rose flamboyante, scintillante, à laquelle l’ensemble du vivant appartient. Une approche psychique et abstraite.
La peintre Juliette June cherche à rendre visible ce nectar ou flux de vie qui nous fait vibrer et qui habite indifféremment l’expérience d’un moment trivial (boire un café, se balader en forêt), et la recherche d’un état particulier de conscience. Le choix de ces titres souligne cette vibration et cette osmose qu’elle expérimente et partage dans ses peintures : « Toi qui frissonnes quand je te foule », « Jaillissement du printemps ».

Une approche combinatoire, les céramiques d’Éliane Monnin
Éliane Monnin puise au sein de trois répertoires esthétiques pour générer ses pièces. Le premier aborde la forme, le deuxième le motif et le dernier la couleur. Ces répertoires ont été pensés de longue date et sont enrichis continuellement. Le travail de la céramiste est le résultat de variations combinatoires soumises à une lente mais constante évolution ou mutation. Cela est tout à fait comparable aux changements que le vivant opère pour s’adapter d’une génération à l’autre, modifiant ainsi son apparence et son fonctionnement interne au fil du temps.
Les formes abordées par la céramiste sont simples, élémentaires, à l’image de l’usage de la demi-sphère (au départ un contenant qui a à voir avec les fondamentaux de la poterie). Il y a aussi le moulage de courges. Dans les deux cas, il s’agit de bâtir les bases d’un corps bientôt enveloppé d’une peau complexe élaborée à partir d’une accumulation de petits fragments agencés scrupuleusement selon un système pouvant rappeler le fractal et formant le motif — écailles, mailles de tricot. Enfin, la couleur, par l’usage de l’émail, d’engobes, la feuille d’or ou de terres spécifiques, apporte nuances, contrastes et participe à la lecture de la pièce.

Si les sculptures créées par la céramiste ne sont pas de l’ordre de la représentation (Éliane Monnin ne cherche pas à reproduire le vivant), elles touchent malgré tout à un référentiel commun : la nature. Elle produit des objets étranges que le spectateur ne peut s’empêcher de chercher à identifier, tantôt y voir une plante grasse, tantôt des coraux. Mais les pistes sont volontairement brouillées par l’artiste.
Ce qui est remarquable, c’est que les céramiques de la plasticienne, bien qu’elles soient figées par la cuisson, donnent à voir des choses qui croissent, qui s’épanouissent, se développent ou se répandent.
L’artiste travaille de façon instinctive, la pièce est édifiée à l’œil par la main et s’éloigne, au fil de la réalisation, de sa pensée initiale. Éliane Monnin donne corps à des objets qui préexistent, qui sont contenus en elle et qui disent sa fascination et son émerveillement du moindre élément scruté dans la nature.

Une collectionneuse d’art et artiste reçoit l’exposition
Brigitte Darrigrand ouvre les portes de sa maison à Biarritz
Brigitte Darrigrand est une artiste-peintre qui pratique également la céramique. Elle partage son vaste atelier de peinture avec d’autres artistes, créant une belle émulation allée du Moura à Biarritz.
Brigitte est aussi collectionneuse d’art et notamment de peintures. Son intérieur est largement ponctué de toiles d’artistes français et étrangers. Son amour pour le Maroc et l’artisanat local se lit d’une pièce à l’autre, jalonnées qu’elles sont de décorations ethniques à la fois colorées et graphiques.


La galeriste Virginie Baro connaît la peintre depuis de longues années. Cette dernière est d’ailleurs une visiteuse régulière de ses expositions et a déjà fait l’acquisition de pièces de plasticiens de la galerie dans ce cadre (comme les peintres Éléonore Deshayes, Thomas Loyatho ou encore la céramiste Éliane Monnin).
Brigitte Darrigrand est aujourd’hui ravie de se prêter au jeu du concept de la galeriste à qui elle remet les clefs de sa maison pour lui laisser imaginer une scénographie qui met en lumière le travail de Juliette June et d’Éliane Monnin.
Performance de Juliette June
Vendredi 30 août 19 h
Depuis 2019, dans chaque lieu où elle expose, Juliette June réalise une performance à la fois inédite et récurrente dans sa forme. L’artiste commence par partager un ou deux poèmes écrits de façon concomitante à la création des peintures exposées puis engage l’auditoire à créer avec eux une nouvelle œuvre : après les avoir invités à se tenir debout et reposer leur dos contre un grand papier préalablement peint, elle dessine au pastel gras le contour de leur corps qui de fait prend part à un paysage maintenant habité. La performance arrive en écho au travail exposé et ravive l’œuvre en une expérience présente.
