Tribune : La place de l’art en confinement

Une tribune sur l’art et le confinement parue dans le journal Sud Ouest

Thomas Villepreux, rédacteur en chef du journal Sud Ouest Pays basque, m’a sollicitée afin de rédiger un texte sur la question de l’art pendant les périodes de confinement. Je suis ravie qu’il ait pensé à moi pour cette tribune car elle m’a permis de transmettre des idées qui me tiennent particulièrement à cœur. Je vous la retranscris ci-dessous et joins également l’article issu du quotidien.

Journal Sud Ouest du 15 novembre 2020

La place de l’art en confinement

« L’art — et par extension la culture — n’est pas essentiel, mais il nous est, paradoxalement, indispensable. Les actes que génère la création sont l’essence même de ce que nous sommes : des êtres humains. Nous créons en permanence. Cela va de la stratégie que nous élaborons pour résoudre un problème du quotidien, à l’astrophysicien qui émet une hypothèse, en passant par le plasticien face à son médium. À chaque fois nous nous servons de notre imagination pour proposer des solutions, élaborer des scénarios expliquant l’univers ou transmettre les émotions qu’il nous procure. En tout temps, dans toutes les civilisations, l’art reste une constante. L’art est sans doute l’une des choses les plus universelles : il traverse le temps et les territoires tout en conservant les spécificités liées à ces espaces-temps. Il se situe à l’exact opposé de ce que le capitalisme produit : mondialisation et fracture sociale.

L’art rassemble les gens mais divise les pensées. C’est sa richesse. Deux personnes doivent se réunir pour débattre de telle toile ou de tel spectacle avant de se positionner. L’art rapproche les êtres et nourrit leur esprit. L’art est une langue, l’apprendre nous permet d’explorer de nouvelles façons de penser et ainsi d’accéder à plus de liberté.
Alors comment imaginer se passer de l’art dans une période où l’isolement est de mise ? Le premier confinement a prouvé que nous n’avons pas su faire sans, et ce malgré cet espace-temps extrêmement contraint au sein duquel nous vivions. Les artistes — comédiens, plasticiens, acteurs, musiciens, écrivains —,  les programmateurs, les galeristes, les éditeurs nous ont offert un contenu incroyable pendant ces semaines passées chez nous. Parce que penser le monde sans culture, c’est penser un monde vide, dénué de toute substance, un monde sans intérêt dans lequel nous nous mourrions. Je fais partie des acteurs à avoir proposé une alternative à mes événements en mettant en place des expositions en ligne. Aujourd’hui, je suis contrainte d’annuler une exposition physique déjà reportée. Elle se transforme en exposition virtuelle. La faire vivre d’une façon ou d’une autre me paraît indispensable : pour les artistes et ce besoin naturel de voir se concrétiser des mois de travail ; pour surprendre le public et ceux désireux de s’évader, d’être émerveillés ; pour moi qui me nourris de cette transmission, j’apprends petit à petit la langue de chaque artiste et la transmets avec bonheur au public.

Le biais de cette générosité dans les contenus qui ont été diffusés, c’est de croire que l’art et la culture sont des biens gratuits. Derrière la comédienne qui nous conte une histoire en direct, la sculpture qui défile à l’écran, derrière cet extrait de livre que nous parcourons, ce spectacle de danse que nous regardons, se cache des artistes, des programmateurs, des galeristes, des éditeurs qui travaillent ardemment. 
L’art — la culture — génère une économie humaniste. »

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