Exposition « Réalités imaginaires »
Hélène Delépine, Marie Labat, Juliette Lamarca, Jana Lottenburger, Thomas Loyatho, Matthieu Mizzon
11 › 13 avril | 14 h – 19 h
Maison Tartea | 43 Tarteko Bidea | Ainhoa
Une exposition qui explore la porosité entre le tangible et l’imaginaire
L’exposition Réalités imaginaires réunit des peintures qui représentent le réel, d’autres peintures et dessins qui associent des éléments puisés dans ce réel sans pour autant former un message sensé, au premier abord, des céramiques abstraites qui pourtant font directement référence à notre monde, des artefacts qui ne sont ni tout à fait sculptures, ni tout à fait objets d’usage, ou encore des gravures qui donnent à voir un univers qui n’existe pas.
Cette sélection d’œuvres d’art vise à montrer la porosité entre réalité et imaginaire ou plus, à démontrer que la frontière n’existe pas entre les deux. Nous expérimentons le réel pour en faire notre réalité et nous imaginons des mondes qui font partie de cette même réalité à travers nous. Une œuvre abstraite (peinture, céramique…) a une présence bien tangible. Un rêve n’existe que par l’entremise d’un être humain. Le monde imaginé par un artiste et transposé dans une œuvre devient, par cet acte, réalité. La composition élaborée par le plasticien à partir d’éléments hétéroclites puisés dans notre monde et qui forme comme un chaos d’images qui s’entrechoquent, en dit peut-être plus sur ce monde — en l’interprétant — qu’une représentation hyperréaliste. Et comme l’inscrivait à juste titre Magritte sur une toile représentant une pipe « Ceci n’est pas une pipe ».
De manière générale, et c’est sans doute l’une des forces d’une œuvre d’art, la représentation fidèle d’un paysage, comme la mise en peinture d’une image surréaliste par exemple, engage l’imagination du spectateur. Elle devient un support pour aider la pensée à dépasser ses limites, envisager un autre point de vue, ouvrir de nouveaux territoires.
Réalités imaginaires propose de se laisser porter entre ces mondes et d’en apprécier les effets.
Hélène Delépine, céramiste
Dans les mains de la céramiste, la dichotomie naturel/artificiel fusionne pour donner corps à une pièce élémentaire, forme d’archétype résumant notre civilisation : une masse — évoquant de la terre ou une roche — de laquelle s’extrait une structure géométrique usinée. En une économie de moyens formels et esthétique, la plasticienne condense une temporalité s’étendant sur des millénaires et nous donne à réfléchir sur notre impact sur la nature.
Son travail est un jeu de construction fait d’expériences de combinaison qui fonctionne par déplacement et par l’usage du signe et de l’indice. Il se situe dans un cheminement qui explore les points de vue et les rapports d’échelle. Il interroge la permutation du réel et de notre imaginaire en mêlant l’architecture à l’objet, le passé au futur, l’essor au déclin. Entre la résistance et la fragilité, le rigide et le dissolu, le géométrique et l’organique, Hélène Delépine opère selon des principes de dualité et de contradiction qui traduisent une tension et permettent d’amorcer une réflexion ou un questionnement.
Marie Labat, plasticienne
La série « La nature n’existe pas » est le fruit d’une réflexion sur notre manie (sans doute confortable) de différencier nature et culture ; une posture qui nous permet de nous extraire d’un tout et de nous dédouaner de certaines de nos responsabilités. Dans ce que je nomme une « poésie narrative illustrée », la plasticienne aborde ce dualisme. Elle construit, au sein de chaque dessin, des micro-récits qui en disent long sur notre société et le rapport et la mise à distance même, que nous entretenons avec le vivant et plus largement avec notre terre en tant que sol nourricier et planète.
Après l’obtention d’un DNSEP en 2011, Marie Labat choisit d’exploiter la ferme familiale. Elle est à la fois artiste, agricultrice et commissaire d’exposition à l’initiative de l’événement Rapprochement (rencontre entre l’art contemporain et le monde de l’agriculture). Les espaces ruraux sont riches d’une multitude de matières, d’un contexte socio-politique et de nombreuses histoires. Dans son travail, ces éléments sont un prétexte pour aborder les états de soumission et d’émancipation. Notre conception de la nature traduit notre culture, notre humanité.
Thomas Loyatho, peintre
Si le peintre est d’abord tenu par un objectif à atteindre — celui de représenter un paysage (sujet récurrent), il y déroge systématiquement, saisit par des effets de matière à exploiter. Même s’il frôle parfois l’hyperréalisme, il s’efforce de casser les codes de la figuration pour échapper au conformisme académique. Cela se manifeste tantôt par la trace d’un large coup de pinceau laissé sur la surface picturale, tantôt par la représentation incongrue d’un objet construit par l’Homme et qui pourtant n’a rien à faire là : une piscine en pleine nature, une nuée d’oies en origami dans le ciel, un ours polaire dérivant sur le fleuve d’une forêt tropicale. (Le dualisme nature-construction humaine est ainsi traité.) Il en résulte des images qui s’entrechoquent pour constituer une nouvelle réalité. Une réalité construite dans l’acceptation du hasard et de ce qu’il engendre. Hasard considéré ici, comme porteur d’une multitude de messages, une multitude d’ouvertures, toutes synonymes de liberté de pensée.
Mathieu Mizzon, designer dessinateur
De l’expérience de l’artiste dans le domaine de l’archéologie, résulte une soif de comprendre le contexte de création d’un objet, sa provenance, sa matière, sa fonction, afin d’appréhender la façon dont il a été rêvé, pensé et finalement produit. Le travail du designer s’inscrit dans une démarche globale environnementale plaçant le vivant au centre des préoccupations. Cela aboutit à la production d’objets sensibles.
La série Mimesis, notamment au travers des pièces Arpea et Landa, s’interroge sur la place d’espaces hybrides, ces demeures apparemment rudimentaires : cocons aux limites intangibles (ou à peine perceptibles), construction entre le naturel et l’artefact (maison troglodyte), cabanes, capsules, abris pastoraux et autres vestiges absorbés par le temps. Imprégné par ces réalités historiques et baignés par l’imaginaire d’un enfant, il crée des formes hybrides, à cheval entre sculpture et objets utilitaires ; mais dont l’usage à toujours un caractère poétique qui oblige à conscientiser la gestuelle qui l’active.
Imprégné par ces réalités historiques et baignés par l’imaginaire d’un enfant, il crée des formes hybrides, à cheval entre sculpture et objets utilitaires ; mais dont l’usage à toujours un caractère poétique qui oblige à conscientiser la gestuelle qui l’active.
Jana Lottenburger, plasticienne graveuse
Le work in progress ATLAS est une projection dans un monde « post- », où tout est à réinventer à partir de ce qui reste. Il propose de cartographier un territoire qui n’existe pas encore, un monde qui se construit quelque part entre imaginaires, espoirs et histoires vécues. Il s’agit d’interpréter différents éléments collectés pour créer un nouvel imaginaire en en modifiant le sens.
L’artiste forme ainsi un corpus de pièces qui interrogent nos premiers instincts : trouver un abri, se nourrir, se soigner, être en lien avec l’autre… Pour cette recherche, elle prend la perspective de l’enfant, en essayant de poser un regard neuf sur le « monde de demain » si souvent invoqué, mais qui tarde à venir. Il est essentiel de retrouver la liberté de jouer, d’inventer. Vivre l’utopie. Le sujet est le lien étroit, animiste qu’ont les enfants avec la nature et les choses. Elle se place donc en exploratrice d’un monde à la fois en déclin et aussi débordant de ressources oubliées qu’il s’agit de (ré)activer.
Juliette Lamarca, peintre
Nous sommes saisis par le regard qu’elle porte sur le monde qui l’entoure et son aptitude à provoquer l’émerveillement dans nos yeux sur des sujets aussi communs qu’un rai de lumière dans un pin ou la façade d’une maison en pierre aperçue au détour d’une promenade.
Juliette Lamarca marche beaucoup et possède cette capacité, grâce à son téléphone, de capturer à la volée son environnement immédiat, qu’elle jalonne quotidiennement. Elle ne cherche pas à modifier son point de vue de marcheuse, au contraire, elle le tient telle une posture pour ensuite sublimer la banalité d’une maison, d’un arbre, d’une fenêtre vus maintes et maintes fois.
Juliette Lamarca remet à chaque fois en cause et en jeu ses outils et techniques afin de faire les choix les plus appropriés en fonction de ce qui a motivé son projet. Elle pratique ainsi une peinture expérimentale, réfléchie mais intuitive, concentrée tout en lâchant prise. Elle transmet ce qu’elle a l’impression de recevoir. Elle se sent subitement transcendée par un état des choses, et elle devient vecteur.
Une demeure à l’esprit basque bâtie en 1683
Philippe et Chantal Basin, propriétaires et collectionneurs d’art

La Maison Tartea se situe au centre d’une commune classée parmi « Les plus beaux villages de France », à Ainhoa au Pays basque. Ce village, typique, est le parfait reflet de l’architecture basque qui a traversé les siècles. Le lieu est chargé d’histoire, tout comme cette bâtisse construite à la fin du 17e siècle. Dotée du charme authentique des maisons anciennes de caractère, elle a été entièrement rénovée pour devenir le foyer de ses propriétaires et également pour héberger une chambre d’hôtes. Les voyageurs se délectent de l’endroit : un écrin de verdure face aux montagnes. À l’intérieur, ils peuvent profiter des œuvres d’art présentes aux murs ou sur les consoles et tables. En effet, Philippe et Chantal, sensibles à l’art, acquièrent régulièrement des œuvres qui
ponctuent la chambre d’hôtes du salon à la cuisine en passant par les chambres à l’étage.
C’est par l’entremise d’un couple qui a séjourné au sein de la Maison Tartea que la galeriste a rencontré les propriétaires. Décelant l’appétence de Chantal et Philippe pour l’art et connaissant le principe des expositions de Virginie Baro, le couple les a mis en relation. Une excellente intuition puisque dès le premier rendez-vous, il était acté qu’une exposition en leurs murs serait programmée en 2025 ! C’est ainsi que les propriétaires vont remiser le temps de quelques jours leur collection pour laisser place aux œuvres des six artistes de l’exposition Réalités imaginaires.












