Avec Claude Billès, Abel Bourgeois, Hélène Delépine, Blandine Galtier, Emmanuel Lesgourgues et Benoît Mauduech
3 › 5 octobre | 14 h – 19 h
Quartier El Hogar
1 rue Pardeilhan | Anglet
Le titre, Point, ligne, plan, fait référence à l’ouvrage de Kandinsky paru en 1926 et intitulé Point et ligne sur plan. Le peintre y décortique les éléments qui composent ses toiles. S’ils font directement référence à la géométrie — point, ligne et plan sont respectivement des espaces à 0, 1 et 2 dimensions — il ne les analyse pas sous cet angle, mais à travers leur impact sensible sur le spectateur. Les propositions plastiques de cette exposition s’intéressent à ces 2 approches : les formes géométriques comme éléments de construction graphique et leur pouvoir d’abstraction du réel, et de stimulation de notre l’imaginaire.
Je vous retrouve à compter du vendredi 3 octobre dès 14 h pour l’ouverture et à 18 h pour le vernissage.
Claude Billès, plasticien
Ses recherches opèrent à l’intersection de la structure algorithmique et du geste analogique avec l’erreur comme protocole de création. Le chiffre et le verbe y deviennent matières, motifs, syntaxe visuelle altérée, champ de données volontairement dégradées. L’image n’est plus admise comme représentation, mais comme système instable, lieu de friction entre codification et effondrement du sens. Le plan devient zone de défaillance active, où l’erreur n’est plus écartée, mais intégrée comme modèle de production. C’est dans ce brouillage du lisible que l’œuvre trouve sa force. Les compositions explorent la porosité entre données techniques et langage sensible, entre algorithme et intuition. Chaque expérience (écriture, dessin, art numérique ou peinture) révèle une tentative de négociation entre le protocole et l’accident. L’espoir, s’il existe, se niche dans ces instabilités — ces marges où l’image cesse d’obéir pour commencer à se manifester autrement. Le point comme pixel, parasite ou accent. La ligne comme flux incertain ou fracture. Le plan, espace de conflit, de dispersion, de recodage. L’ensemble s’inscrit à la lisière de l’abstraction et de la figuration, entre langage codé et geste pictural. Son art s’apparente à un perpétuel rattrapage de ses erreurs.
Abel Bourgeois, photographe
Embalse de Vadiello, dans la Sierra de Guara, attire pour ses formations rocheuses spectaculaires qui encerclent la réserve d’eau et marquent les départs de randonnées. Mais le site offre surtout un terrain propice, constituer de tous les éléments nécessaires à une photographie presque urbaine. Pour les amateurs d’architectures de ciment, le barrage et ses constructions annexes déploient et donnent à voir de tortueuses compositions graphiques. Reste à les « comprimer » sur le film ridiculement minuscule des Minox B et C capables d’enregistrer, contre toute attente, toute la matière qui compose ses paysages naturels architecturés par l’homme.
Hélène Delépine, plasticienne
L’artiste souhaite instiller un doute dans ce qui est donné à voir et révéler le potentiel fictionnel du réel, lui empruntant un répertoire de formes et d’images ayant une capacité à s’abstraire afin d’élaborer un vocabulaire formel simple et essentiel. Elle aime l’idée chère au grand architecte et designer Ettore Sottsass de transformer le banal en potentiels archétypes mythiques.
La terre cuite est son matériau de prédilection pour rendre compte de ses préoccupations. Elle aime à penser que ce médium, intimement liée à l’histoire de l’homme et de ses cultures, peut sans cesse éprouver le lien entre ce qui s’édifie et ce qui se délite, entre ce qui appartient au présent et au passé, entre l’usage et le récit, entre ce qui est et la projection que l’on a du réel, et ainsi créer une forme de synthèse. Les dessins, dont les constructions évoquent des paysages fragmentés captés au fil de ses déplacements et pérégrinations, participent de cette même volonté et démarche. Le répertoire des formes élaboré au fil des projets met en place un alphabet dont chaque lieu ou contexte convoque une écriture singulière. Paradoxalement, cette recherche tend, par des voies d’abstraction, à l’édification d’un ensemble neutre. Ces formes modelées et dessinées établissent des systèmes qui cherchent à dépayser le réel.
Blandine Galtier, graveuse
Le travail de l’artiste est marqué par trois composantes récurrentes : le contraste — usage du noir et blanc, la lumière — suggérée notamment par les reliefs du papier gaufré, et la ligne — qu’elle soit figurative, graphique ou abstraite. Si les représentations de Blandine Galtier sont toujours ancrées dans le réel, son interprétation fait parfois basculer l’image du côté de l’abstraction. C’est peut-être dans cet interstice que l’architecture et le paysage urbain s’effacent au profit de la poésie. L’ensemble de la production de l’artiste est traversée par une préoccupation majeure : l’Homme et son besoin d’ériger des bâtiments, l’Homme et sa lutte incessante contre les forces de la nature. Les sujets abordés offrent souvent une double lecture : la tension entre une gravure figurative statique, froide, à la présence forte due au jeu de contrastes ; à l’appréhension de lignes graphiques silencieuses, sensibles, imprégnées dans le papier qui nous emportent vers un ailleurs, une zone de flottement proche de la rêverie.
Emmanuel Lesgourgues, plasticien
En 2018 Emmanuel Lesgourgues s’engage dans une pratique exclusivement dédiée au dessin sur tablette graphique. Si le format final du dessin est déterminé en amont, il joue avec les possibilités de zoom et de dézoome de l’outil, déroutant ainsi le cadre imposé. Le principe du format fixe se trouve alors mis en tension par une profondeur de champ presque infinie, ouvrant la voie à une nouvelle spatialité. Nous pouvons ainsi considérer que la forme se déploie non plus seulement dans 2 dimensions, mais dans une troisième numérique qui permet à l’artiste de pénétrer littéralement son dessin. Seule l’impression du dessin stoppe le processus. En 2024, le plasticien retrouve ses pinceaux et transpose dans la matière picturale la recherche amorcée numériquement autour de cette forme en expansion continue. La gestuelle reste la même : une accumulation de minuscules traits juxtaposés apposé de façon quasi méditative tant l’ouvrage est colossal. En effet le rapport d’échelle format du papier/dimensions de ces petits traits est de l’ordre de la disproportion. Tout comme l’artiste devant sa tablette, le spectateur s’engage dans un mouvement de va-et-vient constant, entre la perception d’une forme globale et l’examen quasi-microscopique des détails de la peinture, les éléments graphiques miniatures qui la composent et qui, additionnés, la fondent.
Benoît Mauduech, plasticien
Comment préserver l’intégrité de nos êtres ? Comment, chaque jour, reconnaître ce qui nous constitue ? Comment ne pas se perdre dans ce flux d’injonctions, d’exigences, de sollicitations ? Comment parvenir à se rappeler ce qui nous rend heureux ? Comment rester nous ? Pour le peintre Benoît Mauduech, cela passe par la construction de refuges, d’écrins permettant de ranger, mais surtout d’identifier les moments, les états, les émotions, les sentiments qui rendent notre existence heureuse. Ici, la boîte n’est pas une case, mais un abri pour préserver chaque parcelle de notre être. Protéiforme, la boîte s’adapte au trésor qu’elle doit conserver : tantôt ouverte, prête à recevoir ; tantôt fermée, mais transparente livrant en continu ce qu’elle renferme. Elle est facettée, aux contours courbes ou anguleux, mais toujours sur pieds, comme pour prendre de la hauteur, favorisant ainsi une forme de déférence émanent de la personne qui chercherait à la remplir ou à la consulter.
Le peintre se sert des solides de la géométrie (cube, polyèdre, parallélépipède…) pour classifier une vie, rationaliser la quête de soi pour piocher à loisir dans les bonheurs de notre existence.
Une maison de 1972 entièrement rénovée 40 ans plus tard
Caroline et Laurent, des propriétaires collectionneurs d’art et friands de décoration
C’est au détour d’une rue à Bayonne, en croisant un ami — Xavier, chez qui j’avais déjà réalisé une exposition — que je rencontre Laurent. Xavier fait les présentations et explique à ce dernier que c’est moi qui avais monté un événement chez lui quelques années plus tôt. Curieux, Laurent pose quelques questions et prend ma carte de la galeriste. Quelques semaines plus tard, je reçois un appel de sa part pour poursuivre la conversation. Je lui détaille le principe de mes expositions organisées au sein de lieux privés, dans des habitations de particuliers. Séduit, Laurent me propose sa propre maison pour imaginer un nouvel événement.

Construite en 1972, et conservant encore quelques marques emblématiques de son époque, elle a été entièrement rénovée quatre décennies plus tard, en 2013, par le couple Caroline et Laurent. Lors de ma visite, j’ai découvre avec ravissement que les espaces sont habités par l’art. Les murs sont une constellation d’œuvres : photographies, estampes, peintures ; un terrain de jeu idéal pour créer un univers singulier rassemblant la production de plusieurs artistes autour d’une problématique commune. L’analyse des goûts des propriétaires en matière d’art et de design combinée à l’observation des éléments architecturaux marquants de la maison, me donne l’envie d’imaginer un événement qui explore les formes graphiques fondamentales — le point, la ligne et le plan — et leur puissance expressive.














